Interview

Interview Serge De Backer 2002 : Mensonges et croyances

De la forme ou du dessin...
De la couleur ou du contraste...
De sujet ou du vide...
Du rêve à la réalité...

Quelques mots qui tracent la trame du chemin emprunté par une peinture.

Je rêve d'un tas de tableaux que je ne peux m'offrir et je les fabrique moi-même pour pouvoir les accrocher dans mon salon

Je peins des portraits et cherche à exprimer au-delà de l'esthétique première ce qui, à l'intérieur d'un cerveau et des cellules forment les mécanismes de la décision ou de la non-décision, des choix de vie et modes de vie

Fra Angelico et Piero della Francesca sont ceux que j'apprécie le plus tout en n'ayant si peu de commun avec eux par la période et pourtant je me sens si proche tout en étant si opposé.

Les buildings de la ville sont comme les portraits. C'est une vision intellectuelle que de croire qu'il y a des buildings. Idée de l'image que l'on voit comme un construit que le l'artiste ou le visiteur regarde de mille yeux au gré de ses envies. On peut faire de l'art conceptuel une peinture d'antan et on oublie même la raison du conceptuel Plus mon mensonge est grand plus je crois. La représentation d'une atmosphère se fait au détriment de l'image première que l'on voit et se construit au travers de la multiplicité des couleurs et formes que l'oeil perçoit en son esprit Au-delà de l'idée et du conceptuel il y a une autre forme de réalité, qui au-delà du rassemblement de l'éclectisme des formes couleur et idées du passé et d'aujourd'hui ouvre les portes vers une nouvelle peinture. Personne ne sait ce que sera notre avenir ni ce qu'on veut qu'il soit donc personne ne sait faire les oeuvres dont nous avons besoin même les plus doués ne savent plus s'adresser aux gens au cas où ils le souhaiteraient. Tous les cadres de référence, tous les systèmes symboliques sont en miettes. D'où l'urgente nécessité de reprendre le fil d'une réflexion sur les sens -l'essence- qui nous créent. Dans une société qui court d'une idée à l'autre qui se perd en conjonctures finies et recherche les chemins pour dépasser les murs du passé, il faut des mouvements qui transcendent les époques et les dépassent en une nouvelle expression de cet impalpable qui justement nous étonne et nous inquiète de par son inconnu. Ici il nous rassure quelque peu car il fait le joint entre les diverses expressions d'une humanité en désordre.

Je ne sais pour quelle raison lorsque je rentre dans une maison, j'ai le sentiment que l'endroit sourit, rit ou est triste. Est-ce le reflet de mes humeurs? Un effet de la décoration? Ce sont des questions que je me suis posées. En tout cas, je ne crois pas à l'extrapolation de mon humeur à un objet ou à une ambiance. Bien que je ne sois pas spécialement attiré par la radiesthésie, je pense néanmoins qu'il y a une mémoire, une pensée, un "impalpable" pour chaque objet, milieu et personne.

Si beaucoup ont décelé un caractère mystique dans mon travail, jamais je n'ai cherché à l'être.

Egyptiens, Grecs, Moyen Age, Renaissance, romantisme, classicisme, ... tout défile dans mon esprit. Toutefois, les peintres dont je m'inspire en ce moment sont essentiellement ceux du Moyen Age; je me sens très proche d'eux et pourtant, picturalement parlant, il n'y a pas grand-chose de commun: peut-être le manque de réalisme, et la recherche de celui-ci.

Peu m'importe le sujet, la couleur voire la forme mais face à une certaine émotion devant la toile blanche et au travers de multiples essais et ratures, la forme se met à exister, la couleur appuie cette existence ou l'idée de celle-ci et le sujet est révélé.

Dans la plupart des tableaux, on ressent, au-delà du sujet, des courants d'air, des vents, des caractères orageux et ombrageux. J'ai toujours rêvé de peindre l'oxygène, la fluidité, cet "impalpable" des ambiances bien plus riches que les objets ou personnages dessinés. Je ne cherche donc pas tant à dessiner le vide comme je l'ai fait précédemment mais en faisant du figuratif et du concret, je suis amené à représenter du non figuratif.

Une ville n'est pas qu'une ville; ni l'eau, ni le bâtiment, ni le ciel n'existent vraiment, tout paraît impalpable, il y a comme une lumière dont on ne connaît pas la source, tout semble énigmatique. On croit que l'on voit des buildings mais ce peut être autre chose. De même, les portraits sont plus des apparitions que des êtres faits de chair et de caractères. Ils ne sont ni hommes, ni femmes, ils n'existent pas vraiment, mais ils ne sont pas qu'une atmosphère: ils sont inventés et vivent néanmoins. Ce sont des portraits totalement imaginés au travers desquels je cherche à exprimer, au-delà de l'esthétique première, ce qui, à l'intérieur d'un cerveau et de ses cellules, forment les structures de la mémoire, les mécanismes de la décision, des choix et modes de vie.

L'image qui se présente est un construit que le spectateur regarde de mille yeux au gré de ses envies. La représentation d'une atmosphère se fait au détriment de l'image première que l'on voit et se construit au travers de la multiplicité des couleurs et formes que l'oeil et l'esprit perçoivent. Au-delà de l'idée première, existe une autre forme de réalité que j'essaye de donner à voir.

Par la mise en oeuvre de l'éclectisme des formes, couleurs et idées du passé et d'aujourd'hui, j'espère entrebaîller les portes de nouvelles formes d'expression picturale. Personne ne sait ce que sera notre avenir ni ce qu'on veut qu'il soit et donc personne ne sait plus faire les oeuvres dont nous avons besoin; même les plus doués ne savent plus s'adresser aux gens. Tous les cadres de référence, tous les systèmes symboliques s'émiettent. D'où l'urgente nécessité de reprendre le fil d'une réflexion sur les sens -l'essence- qui nous créent. Dans une société qui court d'une idée à l'autre, qui se perd en conjonctures interminables de plus en plus dénuées de sens à la recherche de chemins pour dépasser les murs du passé, il faut des mouvements qui transcendent les époques et les dépassent en une nouvelle expression de cet "impalpable" qui justement étonne et inquiète de par son inconnu. Tenter de représenter l'"impalpable" est une gageure excitante qui, au travers des jeux du hasard de l'entremêlement des formes et des couleurs, tente le lien entre les diverses expressions d'une humanité en désordre mais toujours en mouvement.

J'aimerais une peinture qui ne pose aucune autre question que ce qui est peint. Mais, une image donne une idée tellement fausse qu'elle permet de rêver vers un nombre infini de réalités.

De père flamand et de mère wallonne, né en 1954 à la frontière de la Flandre orientale et du Hainaut.

Après avoir réalisé des peintures murales à Bruxelles, Strasbourg et Ostende, je me suis orienté vers la peinture de chevalet.
Cette peinture a fait l'objet d'expositions, notamment "Le désir pictural" organisée par Flor Bex à la Galerie Isy Brachot, au Béguinage de Louvain avec Frans Wachters, à la Foire Internationale de Bâle, à l'Ermitage de Wavre avec Serge Vandercam et Francis Behets et à la Fondation pour l'Art Contemporain Belge avec Serge Goyens de Heusch.

Des oeuvres particulières ont été présentées au Goethe Institut de Bruxelles, au Théâtre National de Belgique et au Consulat de New York.

A une époque aussi éclectique qu'aujourd'hui, je ne me revendique d'aucun groupe, d'aucune idée préconçue. Cela ne m'empêche pas de porter un regard et un intérêt sur toutes les formes artistiques passées et présentes.

Entre toutes les périodes picturales qui ont jalonné les siècles précédents, c'est le Moyen Age qui, par son caractère ultra inventif, quasi parfait dans sa singularité, d'une rare originalité, reste pour moi une des premières sources de rêve et d'inspiration.

Souvent, j'ai l'impression que les objets au même titre que les êtres ont une pensée et une aura. Lorsque je peins, quel que soit le sujet, je ne peux m'empêcher de penser à ce type de rayonnement. Serait-ce pour cela que certaines personnes ont jugé mon travail mystique? Je ne puis adhérer à ce point de vue.

Certaines de mes toiles décrivent une ambiance venteuse voire orageuse et ténébreuse. Je ne pense pas qu'il faille trouver là un esprit romantique mais plutôt un désir de peindre l'air et le vide.

J'aimerais une peinture qui ne pose aucune autre question que ce qui est peint. La force de l'image ne serait-elle pas de donner la possibilité de rêver d'un nombre infini de réalités.

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